Faire peur aux gens
Est-ce qu’on vous a déjà servi des phrases-chocs comme : « si vous faites ça, vous allez rendre le système instable » ou « Si vous mettez ça sur internet, on va vous pirater! » ? Ce sont des remarques qui font peur. Est-ce toujours vrai? Est-ce toute la vérité? Posons-nous la question.
L’informatique est depuis longtemps une affaire de « nerds ». Les ordinateurs ont toujours exigé une grande imagination pour les apprécier avant la venue des systèmes d’exploitation fenêtrés comme ceux de Macintosh d’Apple et Windows de Microsoft,
C’est complexe l’informatique, même pour les informaticiens
L’utilisateur et l’informaticien sont souvent sur deux planètes. L’informaticien a une longueur d’avance avec sa compréhension de la « bête ». On doit lui faire confiance. Tout comme le médecin et l’avocat. Il a une profession qui exige une formation pointue, car l’informatique pure est difficile à maitriser.
Mais, contrairement à la médecine et le droit, il est possible de complexifier l’informatique au point de déboussoler ses pairs. Il existe de bonnes pratiques de faire les choses, mais très peu de professionnels les adoptent. Par contre, même si ces pratiques sont suivies et documentées, il y a toujours un seuil de complexité qui peut, de prime abord, nuire et ralentir au transfert de connaissances à un autre professionnel.
En tenant compte de ses contraintes, les informaticiens adoptent des comportements curieux pour éviter de paraitre incompétents. Servir des histoires de peur est une très bonne façon de conserver le contrôle pour eux.
Pourquoi ces histoires de peur?
Je vous ai expliqué que c’est difficile même pour l’informaticien de comprendre et se mettre à sa main le travail fait par ses pairs. Il est aussi très difficile pour lui de rester à jour et d’acquérir de nouvelles connaissances. Il doit remettre en question ce qu’il a appris et douter de ses manières de faire depuis des années.
C’est un des rares domaines que le professionnel qui exige de parfaire aussi souvent ses connaissances. La réaction humaine classique est celle de la résistance au changement. La méthode employée la plus souvent pour dénigrer les nouveautés est le discours apocalyptique.
Je ne crois pas que ces personnes sont foncièrement mal intentionnées. Ils sont toutefois intéressés. Ils ne veulent pas s’avouer à eux-mêmes qu’elles doivent s’instruire à nouveau. Ils ne veulent pas paraitre fous ou ignorants. Ils adoptent alors une attitude très négative envers les changements dans l’industrie.
Pour construire leur argumentaire, ils vont utiliser des exemples hors contexte. Ils vont parler de projets désastreux sans avoir de références, ils vont mentionner des couts théoriques qui sont incompréhensibles pour la plupart des utilisateurs. Les utilisateurs vont sagement écouter leur informaticien de confiance et rester au statuquo.
Le cloud est terrifiant?
Je fais face à ce genre d’invidus à cause de mon offre de service novatrice en cloud computing. Je crois que l’informatique doit être un service consommable comme un l’électricité ou le téléphone. C’est que j’appelle l’ère industrielle des TIC. La perte de contrôle qu’amène le cloud computing aux informaticiens les rend inquiets. Je ne dis pas que leur argumentaire est complètement non fondé, mais il faut juger des bénéfices obtenus versus les contraintes amenées par ce modèle.
Obtenir des avis externes
Je vous conseille d’aller chercher des avis externes quand il vient le temps de faire évoluer vos systèmes. On le fait en médecine, faisons-le en technologies de l’information?
Intéressez-vous à vos TI et informez-vous. C’est la meilleure façon d’éviter de se faire endormir.
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Lundi 15 mars 2010 à 15:02
Novateur ou marketing? [ Larry Ellison critique le Cloud computing ]
Locataire ou propriétaire? [ Richard Stallman dénonce le caractère propriétaire du Cloud computing ]
Liberté ou trappe? [ Cloud computing is a trap, warns GNU founder Richard Stallman ]
Évidemment le marché (lire marketing) se dirige droit vers le cloud (SaaS : leurre de vérité). Bradley Horowitz, v-p gestion des produits chez Google a récemment déclaré chez eWeek.com que l’on n’avait fait “qu’effleurer la surface” de ce qu’il est possible de réaliser dans ce domaine. Le géant Google est déjà très présent dans le nuage avec ses Google Apps et il a de grandes ambitions marketing et de contrôle pour l’année prochaine (Google Voice, tableau de bord, rachat Gizmo qui sera 100% cloud etc.).
Open Source (ERP, Medical) se lance aussi dans le cloud avec ses applications ‘open’ qui deviennent maintenant quasiment propriétaires.
Avec le “cloud computing” américain (c’est 95% de l’offre actuelle), ne risquons nous pas de perdre le contrôle de nos applications (je pense particulièrement aux PME qui sont très sensibles sur ce sujet), un contrôle que nous n’aurons vraisemblablement jamais? Ce contrôle étant délégué à des tiers, il nous échappera en réalité totalement, malgré les apparences.
IL est quand même évident que le “cloud computing” à de l’avenir, les ‘majors’ y voient ($$$$$): Google, Oracle, Microsoft, IBM, Amazone etc. Il serait moins problématique si les centres de calcul se situaient chez nous, au Québec ou au Canada – ce qui n’est pas le cas et ne le sera jamais.
E conclusion, je n’ai rien contre les saas et le cloud, j’en utilise et en propose, mais je demeure critique et un peu imperméable au marketing.
Lundi 15 mars 2010 à 15:28
Je trouve ça très rigolo, mais vous faites exactement ce que je dénonce dans le billet. Vous soulevez des points inquiétants et épeurants sans avancer des exemples concrets. Vous dites qu’il y a un danger sans mentionner une conséquence claire.
Selon votre raisonnement, une PME américaine aurait plus de contrôle sur un SaaS américain qu’une PME canadienne? Je ne comprends pas là. L’internet est un marché mondial. Si les Américains dominent l’offre, c’est qu’ils sont plus vites que les autres. La quasi-absence d’offre régionale ne justifie en rien de jeter le bébé avec l’eau du bain.
Aussi, le modèle SaaS est une location d’un logiciel à un tiers. C’est évident que c’est une perte de contrôle. En quoi c’est négatif si ce n’est pas notre core business de faire du logiciel? Il faut savoir quels sont nos services essentiels et ceux de soutien. Certains clients ne veulent plus avoir une infrastructure serveur et maintenir des logiciels. C’est avec eux que je travaille.
Je suis pleinement conscient des contraintes du cloud computing et j’en fais part à mes clients. Toutefois, ils prennent des décisions éclairées en calculant les gains versus les pertes qu’ils feront de faire un move vers ce modèle.
Lundi 15 mars 2010 à 17:30
Lol – si au moins ça fait rire je n’aurai pas écrit inutilement. Peu importe l’étiquette qu’on veille bien coller aux propos de Ellison et Stallman (et beaucoup d’autres qui vont dans le même sens), leurs commentaires montrent la face cachée des SaaS et du ‘nuage’. Pourquoi ne pas en parler ouvertement sans se faire coller une étiquette de peureux? Oui il y a perte de contrôle et oui il y a une dérive du logiciel en direction des grandes entreprises qui vont tôt ou tard monopoliser tout le ‘cloud’ (c’est déjà fait en bonne partie et 97% américain en ce qui concerne l’offre d’ici). Il y a au Québec environ 45 petites entreprises qui offrent des services de logiciels personnalisés en comptabilité. C’est une expertise locale et du code original mis à la disposition des PME et commerces. On y voit surtout des applications desktop windows (en majorité), MAC et Linux, des services web connectés à des bases de données locales ou propriété des PME et commerce. Il y a encore énormément de travail à faire pour faire évoluer ces applications (les rendre portables, les rendre indépendantes des plate-formes, les faire communiquer entre elles, les convertir pour une part en services web, rest, etc.). Dans ce contexte, les SaaS ne devraient pas être présentées comme LA solution à tous les besoins et faire se jeter les gestations en cour et bébés avec l’eau des bains.
D’autre part, un service SaaS une fois installé dans une PME ou ailleurs, avec l’aide d’un consultant s’il le faut, ne roulera pas seul et sans heurt. Assez vite, une entreprise qui aura plusieurs besoins comblés par des SaaS devra avoir sa propre expertise interne. Ce n’est pas comme donner à contrat l’arrosage de ses plantes de bureau. D’où: quels sont les vrais gains à court et long terme, et surtout, qu’elle est la vraie économie de coût? Ceux qui conseillent les entreprises doivent faire valoir et bien évaluer ces facteurs – Ce n’est ni facile, ni une science exacte considérant les modes tout marketing qui transforment l’informatique à chaque année – qui sait comment un service SaaS ‘x’ actuel va se transformer au cours des années, qui connaît l’évolution de son coût, le tournant que prendront les futures propriétaires du service (les ventes et acquisitions sont nombreuses dans ce domaine). Pour bien faire la part des choses, il faut savoir aussi ce qui existe sur le marché dit ‘traditionnel’- par exemple qu’une application desktop va être fiable et constante pour au moins 10 ans, amortie en un très cours laps de temps et améliorée au besoin.
Finale: il y a des opportunités pour tous les types d’applications et services. Il y a aussi deux côtés à une médaille.
Mardi 16 mars 2010 à 11:03
Si les petites entreprises de logiciels québécoises ne s’adaptent pas présentement à ce nouveau modèle de livraison, ils font ça à leur perte. L’industrie se déplace vers ça.
Je souhaite qu’ils s’adaptent et je vais les promouvoir sans gêne quand ils auront une offre de service de qualité. Je suis en discussion avec plusieurs d’entre eux et ils ont pour la plupart tout ça dans leur radar. C’est tant mieux.
Je suis partenaire avec CakeMail qui est situé à Montréal et je considère qu’ils offrent un excellent produit.
Pour l’exemple de la comptabilité, je vous donne raison que les solutions locales sont plus convenables. Les normes comptables sont localisées et les interfaces ultrasimplifiées des SaaS populaires les rendent peu versatiles pour une comptabilité d’entreprise.
Quant à la personnalisation, c’est justement ça mon intervention professionnelle. Je les intègre grâce à leurs API ouverts et je peux réaliser des « plug-ins » pour plusieurs de ces solutions. Ces derniers permettent la personnalisation dans un mode en multitendancy (aucune traduction pour ce mot).
Quelqu’un m’a fait remarquer que c’est arrivé du côté du matériel en premier. Dans les années 80-90, il y avait des fabricants d’ordinateurs comme IBM, Compaq et Gateway qui offraient des PC très dispendieux. Un marché de clones s’est développé en réponse à ça pour permettre une meilleure accessibilité.
Aujourd’hui, les grandes marques se sont adaptés et offrent maintenant des PC à prix très abordables et concurrentiels à ceux « fait maison » dans les différentes shops d’informatique.
Je vois beaucoup de parallèles à faire avec ça. Je vois l’informatique évoluer vers une plus grande maturité s’éloignant d’un modèle plus artisanal où tous les professionnels réinventent les mêmes choses chacun de leur bord. Ce blogue parlera de ça et ma ligne éditoriale favorisera ça. C’est la spécialité de ma compagnie.
Mercredi 17 mars 2010 à 12:07
Le API sont ouvertes mais les applications SaaS et au besoin le ‘cloud’ qu’elles rejoignent sont strictement fermées pour la plupart. Les utilisateurs des services se retrouvent à la merci des fournisseurs; bye bye la liberté (là dessus je rejoins Stillman cité plus haut).
Dans l’état du marché actuel des SaaS et du ‘cloud’ au Québec, où est se situe l’expertise, qui programme et maintient les services et enfin qui bâti le ‘cloud’? Combien de canadiens y travaillent et quelles sont ces entreprises? L’offre et le savoir faire des SaaS et ‘cloud’ n’est-il pas à plus de 90% américain ou européen alors qu’aujourd’hui encore, les PME et petits commerces québécois s’appuient sur des logiciels québécois à plus de 90%. Avant les fêtes j’ai cherché en vain un SaaS inventaire de stock pouvant se coupler à une base de données locale en place depuis plus de 10 ans.
Mais j’accroche surtout sur votre dernier paragraphe, et je cite : « Je vois l’informatique évoluer vers une plus grande maturité s’éloignant d’un modèle plus artisanal où tous les professionnels réinventent les mêmes choses chacun de leur bord » Sapristi!!! La programmation de pointe actuelle n’a absolument rien d’artisanale (64 bits, parallèle, multitâche, portable, communicante internet) et c’est au contraire les SaaS qui réinventent tout mais dans un autre paradigme, celui du service web, et les fournisseurs chacun de leur bord car je ne vois aucun consensus entre eux, et encore moins dans le ‘cloud’ dont la définition est encore vague et beaucoup portée par le marketing et de gros joueurs.
Je ne veux pas discréditer les SaaS, j’y crois aussi, ils ont leur place. Mais faut aussi faire la part des choses.
Mercredi 17 mars 2010 à 13:14
Les SaaS qui pratiquent l’enfermement propriétaire (lock-in) des données sont à éviter, vous avez raison. Ce critère est très important dans la sélection d’un produit de ce genre ou tout autre logiciel installé. Les meilleurs compagnies offrent des fonctions d’exportation complètes dans des formats ouverts ou du moins “utilisables”. J’ai déjà écrit sur ce sujet dans un précédent billet:
http://www.ovologic.com/2009/07/27/5-indices-que-son-choix-de-saas-est-perdant/
Je vais m’y attarder bientôt sur un billet entièrement là-dessus. Je veux aussi écrire davantage sur le concept de l’open web qui promouvoit des formats de données avec des standards ouverts.
Si l’offre québécoise n’est pas au même niveau que le reste du monde, n’est pas mon problème. Soyons d’accord d’être en désaccord.
L’emploi du mot “artisanal” n’a rien de péjoratif. Je l’utilise pour distinguer les produits plus industriels ou à la chaîne. Je parlais pas de fabriquants de logiciels professionnels qui ont des logiciels de déploiement (installers). Je parle surtout des applications maisons maintenus par des employés dans les PME. Si ces PME peuvent trouver un logiciel installable (propriétaire ou libre) qui fait l’affaire, c’est déjà beaucoup mieux qu’un logiciel custom qui est souvent cher à maintenir et qui dépend énormément du peu de ressources TI en place.